L’intelligence économique dans l’entreprise, c’est quoi au juste ?

J.Triquell

Le concept « intelligence économique » transporte un message fort aux composantes multiples. Parfois jugé mystérieux, secret, il peut provoquer aussi bien l’intérêt que la méfiance, par méconnaissance…  L’entreprise peut être déroutée devant les nombreuses approches, d’ailleurs souvent complémentaires…

A voir également : Un post complémentaire a été édité le 10 janvier 2017 : « La démarche intelligence économique de l’entreprise, un concept bien plus étendu qu’il n’y parait… Aujourd’hui, quels sont les axes d’effort et les repères ? »

L’approche générale du concept permet au chef d’entreprise de décliner  une « intelligence économique attitude », ici en 7 points.

 

 L’approche générale du concept …

Au sens le plus large, « l’intelligence économique » concerne tous les acteurs économiques, elle vient en aide aux entreprises et renforce le rôle des structures de l’Etat  dans cette véritable dynamique.

En effet, M.Alain Juillet, alors HRIE (haut responsable à l’intelligence économique) définissait l’intelligence économique comme un « mode de gouvernance dont l’objet est la maîtrise de l’informatique stratégique  et qui a pour finalité la compétitivité des entreprises et la sécurité de l’économie« .

Toujours dans cette approche générale, l’INHES (Institut National des Hautes Etudes de Sécurité), précise que « L’intelligence économique est une véritable politique publique au service des intérêts des entreprises. Une politique de sécurité économique, de compétitivité et d’influence, assise sur une mutualisation des informations publiques et privées.« 

L’  « intelligence économique attitude » dans l’entreprise,  en 7 points …

 Pour le chef d’entreprise, l’intelligence économique devient un mode de gouvernance créant une dynamique dans l’entreprise, fondé sur des stratégies licites défensives et offensives, en interne et en externe.

Ces stratégies ont pour objectif la protection, le développement et le rayonnement de la structure. Elles sont mises en œuvre avec le souci permanent  d’anticipation et de réactivité face aux menaces et évolutions des divers types d’environnements (concurrentiel, économique-financier, technologique, sociétal, juridique-règlementaire, informationnel, évènementiel…) et ne négligent jamais l’aide potentielle des autres acteurs économiques institutionnels.

 1   Un mode de gouvernance, un état d’esprit …

C’est d’abord en effet un véritable mode de gouvernance  (pilotage+contrôle) de l’entreprise, dont l’action doit se retrouver et se mesurer dans toutes les composantes de son capital immatériel (capital actionnaires, capital clients, capital marques, capital environnemental et sociétal, capital fournisseurs et partenaires, capital humain, capital organisationnel, capital savoir-technologique,  capital systèmes d’information).

Appliquée par tous les personnels à tous les niveaux, cette dynamique est initiée au plus haut niveau de l’entreprise, et tend à effacer tout mode de réflexion et de direction vertical et cloisonné … 

Elle développe un état d’esprit destiné à éveiller la curiosité des collaborateurs, favoriser le dialogue et le partage grâce à un modèle capable de tirer le meilleur des espaces collaboratifs et médias sociaux, stimuler l’initiative, la responsabilisation …  et identifier  des  vrais experts dans l’entreprise par une contribution effective.

Elle permet enfin d’accéder au graal   » intelligence collective » … encadré  par  l’éthique » (cf. post : « Intelligence économique et cybersurveillance dans l’entreprise : une dynamique par l’éthique ? » AroundRisk.fr)  …

 2   L’ouverture, l’innovation …

C’est également la volonté de maintenir une avance technologique par l’innovation, par la recherche de partenariats, par l’ouverture vers des groupements d’entreprises autour d’un projet (comme les clusters et pôles de compétitivité),  par des choix stratégiques pertinents, par exemple  le choix entre la protection par le brevet et le modèle plus collaboratif de l’ « open innovation » ….

Dans cette recherche de transformation de l’invention en innovation, le management de projet innovant s’appuie sur l’employé,  au centre des échanges à l’intérieur comme à l’extérieur de l’entreprise et sur l’utilisation des réseaux 2.0 comme facilitateurs de l’innovation.

 3   L’ « intelligence des risques »  …

C’est aussi la gestion des risques  … ou plutôt l' »intelligence des risques » selon M. Bernard BESSON,  « une approche pluridisciplinaire de phénomènes multiformes« , qui appelle le concours de plusieurs disciplines telles que droit, sciences humaines, informatique, psychologie, sociologie, médecine… M. Bernard BESSON classifie ces risques en 4 familles :

  • Risques et accidents involontaires liés aux technologies et aux installations classées dangereuses (SECURITE)
  • Les menaces liées aux malveillances humaines (SURETE)
  • Les risques environnementaux (risques naturels liés aux inondations, incendies de forêt, tremblements de terre, pollutions diverses …)
  • Les risques managériaux, (l’un des apports ORIGINAUX de l’intelligence des risques).

 Les particularités essentielles de cette notion d' »intelligence des risques » se retrouvent dans :

–          Un décloisonnement des risques et des menaces,

–          une approche GLOBALE des risques, pluridisciplinaire et multi-participants, initiée au plus haut niveau de l’entreprise,

–          un appui sur l’ incontournable  de la maîtrise de l’information (cf. veille),

Cette stratégie peut s’appuyer notamment sur la norme 27005 dite de gestion des risques, véritable méthodologie  appliquée au système d’information, élément essentiel du capital immatériel de l’entreprise.  Ce guide insiste sur les notions  « périmètre général » et  « champ d’application » de l’appréciation des risques, dépassant ainsi les limites physiques. Cette notion est capitale non seulement pour le système d’information mais aussi dans la stratégie de protection globale et évolutive de la structure (cf post « SSI et protection globale de l’entreprise » AroundRisk.fr).

 4   La protection globale et évolutive de l’entreprise (sécurité physique, sécurité organisationnelle, protection de l’information, sécurité juridique) …

La protection de l’entreprise est l’une des grandes composantes de l’intelligence économique

Une stratégie globale, une indispensable évolutivité (Roue de Deming  : planifier-Mettre en œuvre-Vérifier-Améliorer) sont les apports principaux du concept IE à la défense de l’entité.

Cette stratégie globale touche la protection physique des biens, la protection de l’information et  la sécurité juridique.

Elle repose sur une  véritable « politique de sécurité » et une « organisation structurée de la sécurité« . 

La « politique de sécurité » doit permettre de rassembler  « l’ensemble des directives, procédures, codes de conduite, règles organisationnelles et techniques, ayant pour objet la protection du patrimoine de l’entreprise ».  Sélective et ciblée, pragmatique et compréhensible, elle bénéficie d’une communication claire auprès des personnels, intègre le processus de veille et alerte. Elle permet  d’établir le contexte (périmètre, critères, environnement et processus) et traite notamment le risque selon les choix évoqués dans la norme 27005 (HSC-Hervé Schauer Consultants):

–          Le refus ou l’évitement (risk avoidance),

–          Le transfert vers un assureur ou un sous-traitant qui saura mieux le gérer (risk transfer),

–          La réduction par l’application des mesures de sécurité. La réduction du risque (risk reduction),

–          La prise de risque (« accepting risk »).

 La « sensibilité intelligence économique » est omniprésente dans l’organisation de la protection de l’entreprise, notamment dans la prise en compte :

–          des risques humains et risques managériaux (cf « intelligence des risques ») dans cette stratégie, 

–          des divers degrés de sensibilité des informations (classification des informations)

–          d’une véritable « opération de marketing » pour  la communication/information/ sensibilisation des personnels,  afin d’entrainer l’ensemble des acteurs dans une dynamique de groupe

 C’est aussi une stratégie de sécurité juridique permettant :

–          de maîtriser les stratégies défensives et offensives possibles par le droit (conformité – stratégie d’archivage et d’administration de la preuve numérique (Cf post « Archivage et preuve numérique dans l’entreprise ») – protection juridique du patrimoine – maitrise des possibilité d’actions en justice – réactivité face aux menaces – anticipation sur les vulnérabilités juridiques …),

–          de bien appréhender les prescriptions de la loi dans les droits et les devoirs de tous les acteurs de l’entreprise face à l’information et au système d’information

–          de bien transposer les principes « transparence », proportionnalité »,  « discussion collective », « conformité » dans tout développement de l’indispensable démarche de « cybersurveillance des salariés sur les lieux du travail » (cf. post : « Intelligence économique et cybersurveillance dans l’entreprise : une dynamique par l’éthique ? »).

 5   La stratégie de veille  et maîtrise de la chaîne de valeur de l’information …

L’entreprise conçoit que le renseignement est la première ligne de défense de l’entreprise … Elle admet que le renseignement est la base même de l’anticipation, de la proaction.

Par l’intelligence économique, l’entreprise se donne les moyens d’avoir une perception et une réactivité particulière aussi bien aux signaux faibles (signaux émergents) qu’aux tendances plus fortes … et de développer un « opportunisme prospectif« .

 Cette stratégie tend à maîtriser la chaîne de valeur de l’information et son processus de production et de transformation :

–           par une réflexion organisationnelle,

–          par le développement de l’usage des TIC, par l’utilisation des compétences (utilisation du potentiel humain de l’entreprise) 

–          et par une philosophie de management (la faculté de mobiliser des réseaux d’acteurs)

L’entreprise cherche à  développer ainsi un modèle de veille de tous les environnements  (concurrentiel, économique-financier, technologique, sociétal, juridique-règlementaire, informationnel, évènementiel…), à partir des règles suivantes :

 –          1 – Savoir identifier ce que l’on doit connaître – Identifier les axes de veille potentiels.

–          2 – Savoir recenser et cartographier les sources d’informations.

–          3 – Savoir organiser le partage des tâches dans l’entreprise.

–          4 – Savoir activer ces sources, rechercher, repérer et collecter l’information.

–          5 – Savoir évaluer et analyser l’information.

–          6 – Savoir organiser et valoriser l’information.

–          7 – Savoir stocker (stockage actif) l’information (entrepôt de données – gestion électronique des documents ).

–          8 – Savoir communiquer – Partager – Actualiser les informations.

–          9 – Savoir s’adapter aux évolutions et innover.

 6   La stratégie d’influence …

L’intelligence économique dans l’entreprise, c’est également une stratégie d’influence (séduire, feindre, persuader, manipuler), intimement liée aux autres stratégies comme celle relative à la veille.

Elle se développe naturellement au travers d’un réseau de relations.

Mais l’internet joue un rôle grandissant pour l’image de l’entreprise. Pour maitriser et développer son image, l’entreprise  s’appuie sur un véritable « marketing digital » et prend en compte l’importance des techniques du  positionnement  (référencement des moteurs de recherches). 

Elle profite également de l’opportunité du web 2, de ses réseaux sociaux et leur logique communautaire, en parvenant à l’objectif de « réseau stratégique » dans lequel, là encore, l’employé joue un rôle tellement important…

 7   L’anticipation et la préparation aux situations de crise.

L’anticipation est sans doute la principale raison d’être de « intelligence économique » dans l’entreprise … 

Elle est au cœur même de la réflexion relative à la préparation de la gestion de crise. 

Il s’agit la encore de minimiser les conséquences d’un sinistre, réduire l’impact d’une menace ( MENACE + VULNERABILITE + IMPACT = RISQUE ).

La dynamique « intelligence économique » se retrouvera dans la réactivité, liée à la qualité de la préparation mais aussi à l’efficience d’autres stratégies, comme la veille dans certains cas (contrer la désinformation), comme la sécurité juridique dans d’autres cas (contrer des stratégies judiciaires de déstabilisation) ….

L’implication de tous les acteurs dans cette démarche prendra toute son importance. L’employé joue un rôle essentiel et les simples voies d’information traditionnelles ne peuvent suffire … dans ce cas également, s’impose la nécessité de sensibiliser les personnels dans  une charte et une dynamique opération de communication (marketing!), comme celle prévue pour la protection globale de l’entreprise, et traitant de :

–          l’ETHIQUE (sens des responsabilités et à la conscience de chacun, respect de l’intérêt général, objectif d’atteindre une démarche de sécurité proactive)

–          la culture SECURITE JURIDIQUE.

–          la culture de recherche de VALORISATION permanente du capital immatériel de l’entreprise.

–          la MAITRISE DES OUTILS de communication et des dispositifs de sécurité associés. ,

–           la culture sécurité/PROTECTION DU PATRIMOINE, au traitement des incidents et à la gestion de crise.

 7 points pour une véritable « IE attitude »…

 Dans l’entreprise, il existe bien une « intelligence économique attitude », pertinente stratégie de dynamique :

 « L’IE est l’outil tant de la précaution que du réalisme ou du volontarisme ».  (INHES-2009)

A voir également : Un post complémentaire a été édité le 10 janvier 2017 :

« La démarche intelligence économique de l’entreprise, un concept bien plus étendu qu’il n’y parait… Aujourd’hui, quels sont les axes d’effort et les repères ? »

 Joseph Triquell

Septembre 2009

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5 réflexions au sujet de « L’intelligence économique dans l’entreprise, c’est quoi au juste ? »

  1. […] Puis est venu le temps des interrogations sur  la démarche « intelligence économique dans l’entreprise », mal perçue par les chefs d’entreprises, déjà hermétiques à l’idée de « sécurité », puis oscillant entre stratégie purement défensive et/ou simple veille informationnelle…  ou uniquement orientée sur l’innovation et R&D avec une naïveté déconcertante sur les potentiels de leur environnements (cf l’IE dans l’entreprise, c’est quoi au juste ?) […]

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