L’intelligence économique cultive les paradoxes …

J. Triquell

L’intelligence économique en France cultive les paradoxes, se heurtent à des obstacles culturels et peine à trouver une orientation claire…

Depuis maintenant plusieurs années , les rapports Martre, Carayon et Mongereau ont construit peu à peu le concept « intelligence économique » dans sa définition la plus globale, pour les acteurs de la compétitivité économique du pays…   il a fallu ensuite « désigner » ces acteurs, notamment institutionnels .. qui ne reconnaissent pas toujours le potentiel de leur action, malgré la circulaire du 13/9/2005 et l’approche « intelligence économique territoriale » qui devraient les aider !  

Puis est venu le temps des interrogations sur  la démarche « intelligence économique dans l’entreprise », mal perçue par les chefs d’entreprises, déjà hermétiques à l’idée de « sécurité », puis oscillant entre stratégie purement défensive et/ou simple veille informationnelle…  ou uniquement orientée sur l’innovation et R&D avec une naïveté déconcertante sur les desseins secrets de leurs concurrents (cf l’IE dans l’entreprise, c’est quoi au juste ?)

Alors que le concept continue à cultiver de conséquents  paradoxes, tels que  « opacité/transparence »(directive « transparence » notamment), partage/secret de l’information, brevet ou open innovation, importance des secrets d’affaire/quasi  absence de protection juridique de ces secrets … la dynamique voulue par l’Etat dans ce domaine souffre maintenant de la difficulté qui réside dans les moyens (procéduriels et juridiques) d’échange d’informations « public-privé » : en effet, comment lutter contre le clivage  « administrations/entreprises » ? ou comment faire pour favoriser les échanges entre les spécialistes étatiques du renseignement et les entreprises ?  d’autres pays ont déjà naturellement cette culture depuis fort longtemps et ont construit un véritable dispositif autour d’une certaine conception du  « patriotisme »…

Aujourd’hui, malgré l’urgence signalée depuis plusieurs années par de nombreux rapports (voir notamment le site de Bernard Carayon)  , nous en sommes au stade de l’élaboration du plan d’action et la Loppsi vient encore semer le trouble en rapprochant curieusement une définition de l’espionnage (illicite) aux activités (licites) d’intelligence économique !  (voir sur ce sujet :  paralipomenes.net  et inter-ligere.net)…

Alors, concept en évolution ? ou chantier en perpétuelle construction ?

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4 réflexions au sujet de « L’intelligence économique cultive les paradoxes … »

  1. analyse bien vue. Pour m’être souvent trouvée autour d’une table avec d’autres chefs d’entreprise, en effet, peu voire pas sont conscients de l’importance de la notion de « sécurité » et de l’IE en général. Merci pour vos précieuses infos.

  2. le mot « entreprise » couvre en France en fait prés de 90% de structures de moins de 10 salariés qui constituent le tissu économique de base …les grands comptes sont rares qui peuvent structurer de l’ie ou de la veille interne.
    Cette réalité devrait être mieux prise en compte par tous les acteurs pros de l’ie /veille car ces TPE ont aussi besoin, sans m^me en être toujours conscientes, des infos stratégiques ….autre paradoxe!

  3. en sont-elles conscientes effectivement et en ont-elles les moyens ! pourquoi pas une réelle aide développée autour de cette grande idée baptisée « intelligence économique territoriale » ?!

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