Aides publiques aux PME et intelligence économique : trop de communication tue la communication ?

J.Triquell – AroundRisk – Mai 2010

Si un axe d’effort est important en situation de gestion de crise, c’est bien celui de la communication… le cas récent de TOYOTA en est encore un cuisant exemple.

Déficit de communication, absence de stratégie globale, communication parcellaire et balbutiante soumise aux évènements ponctuels politiques, communication anéanti par la complexité des multiples dispositifs empilés, … « trop de communication peut-il tuer la communication ? », c’est ce que semble dire l’ADEN (Association pour le Développement de l’Economie Numérique en France) qui publie un sondage de l’Ifop selon lequel seulement 61 % des chefs d’entreprise se déclarent très bien ou assez bien informés des mesures prises par le gouvernement pour aider les PME à répondre à la crise économique et financière. Encore faut-il savoir quel est leur niveau réel de connaissance.

Démarche publique IE et communication … LIRE LA SUITE ?

Pour faire face à la crise, les aides financières de l’Etat aux PME ne manquent pas. Des actions essentielles s’inscrivent également dans une démarche « intelligence économique » qui, comme chacun sait, concerne TOUS les acteurs de la vie économique, privés et publics.

«L’intelligence économique » n’a jamais atteint un tel niveau d’intérêt en France. Pourtant, le talon d’Achille de cette dynamique pourrait bien se situer au niveau de la stratégie de communication, peut-être par le mépris du vieil adage « Faire et faire savoir (efficacement !) »

Pour les PME, l’accès à toutes les informations existantes dans le domaine fiscal révèle une vraie difficulté, à contrario des grands groupes (français ou étrangers) qui peuvent bénéficier de moyens plus importants et spécialisés. C’est d’autant plus regrettable pour les PME mal armées car l’attractivité de la France attise la convoitise de groupes étrangers : en 2009, la France, pays où la recherche est défiscalisée, s’est située au 2ème rang mondial pour l’accueil des investissements directs étrangers. Nos entreprises sont toujours aussi convoitées et … quelquefois absorbées par des groupes étrangers, même si elles ne sont pas toujours jugées stratégiques dans notre pays (  Labeyrie, Cabasse, Spérian, Teisseire…).

Les aides financières ne manquent pas … (liste non exhaustive)

Alors qu’un récent rapport pointe l’inefficacité économique de la R&D (Conseil d’Analyse Economique), soulignant « la moindre capacité des entreprises de taille intermédiaire à investir dans la R&D », (il est vrai en comparaison avec les Etats-Unis), il semble que les aides de l’Etat pour la relance, la compétitivité et l’innovation n’aient été jamais aussi nombreuses…

L’enjeu est naturellement de taille : aider les PME, structures au cœur même de la problématique française, et accélérer leur accès à l’innovation, véritable stratégie offensive.

La « réduction des délais de paiement », la « réforme de la taxe professionnelle »  semblent être bien connues mais plus de la moitié des chefs d’entreprises reconnaissent mal connaître les aides aux PME pour l’accès aux financements par la banque publique OSEO, permettant :

  • d’améliorer la trésorerie (« garantie renforcement de la trésorerie », « lignes de crédit confirmé », prêts personnels aux dirigeants pour réaliser des apports de fonds propres…),
  • de renforcer les fonds propres (plate-forme d’intermédiation),
  • de faciliter l’investissement (crédits à moyen ou à long terme),
  • de développer l’international (plusieurs milliers de dispositifs d’aide aux entreprises qui souhaitent financer leur développement à l’international, notamment le « crédit d’impôt export », la « garantie développement à l’international »)
  • de soutenir l’innovation ( notamment le « fonds de garantie innovation » et le financement sous forme de subvention ou d’avance à taux zéro, aides pour le premier brevet déposé …)

Ubifrance a également développé un soutien industrialisé à la démarche export (SIDEX) et le « prêt à l’export » (avec OSEO)

Accessible également aux PME, le crédit d’impôt recherche est un moyen privilégié pour financer les efforts de recherche. Il consiste en un crédit d’impôt de 30 % des dépenses de R&D, jusqu’à 100 millions d’euros et 5% au-delà de ce montant.

Par ailleurs, de nombreuses collectivités (départements et régions) proposent aussi aux PME des fonds de développement industriel.

Des stratégies de mutualisation et de partage en matière d’innovation …

Complémentairement à ces aides financières, j’ai retenu plusieurs stratégies qui me paraissent s’inscrire dans l’esprit de mutualisation et de partage IE … et cette volonté de favoriser le développement par l’innovation (cf méthode ORCAE : Pour l’entreprise, l’IE, c’est quoi au juste) :

  • Le rapprochement «universités-entreprises ». Je pense notamment au 1er salon professionnel de l’enseignement supérieur de la recherche, de l’innovation et des entreprises les 26 et 27 mai 2010 au Cnit la Défense. Sujet d’importance puisque la France est au 6ème rang des publications mais au 20 ème rang pour l’innovation et ce, malgré la loi Allègre de 1999 qui devait palier cette faiblesse.
  • Le rapprochement  « grands groupes-PME » : C’est l’un des objectifs déjà fixé par les pôles de compétitivité, avec les difficultés soulevées et les aménagements de parcours que l’on connaît maintenant. Aujourd’hui voit naître le nouveau pacte PME par le comité Richelieu, association indépendante paritaire, dans le but de faciliter les échanges entre les grands groupes et les PME innovantes, industrie et services (55 groupes concernés).
  • Le transfert de technologie entre recherche publique et innovation. Il devrait être facilité par 5 à 10 sociétés de valorisation (Sociétés d’accélération de transfert de technologies (SATT) qui vont être financées par le grand emprunt.

Force est de constater que les aides existent bien… Quels sont les risques d’une carence dans la stratégie de communication ?

– des dispositifs initialement prévus pour aider certaines structures comme les PME, plutôt utilisés par d’autres mieux informées. En effet, même si l’enquête de 12 mois du sénateur Gaudin a conclu en l’absence démontrée d’abus (difficultés reconnues par l’administration fiscale pour évaluer les abus), il a été dit que les banques ont beaucoup profité du crédit d’impôt recherche pour développer des algorithmes décisionnels permettant de mieux se positionner sur les marchés financiers.

– des dispositifs qui profitent plutôt aux PME étrangères, sous-traitants de grands groupes français. (Il est vrai que Bruxelles impose un traitement équitable entre toutes les PME européennes).

– en l’absence de définition claire de la « recherche » (limite du développement expérimental), des dispositifs (comme le CIR) qui financent la conception, intervenant juste avant la mise sur le marché d’un produit.

– tout simplement, l’objectif premier de ces mesures qui devient inaccessible (favoriser l’innovation et le développement des PME) alors que le coût reste très important pour le contribuable.

Communication et impact …

Si, comme nous le voyons, de véritables outils sont mis en place pour aider les PME,  le résultat de ces aides doit se mesurer à l’impact réel observé sur le terrain et non pas à l’effet politique de l’annonce. Il est bien dommage de ne pas investir dans une vraie stratégie (globale) de communication, mutualisée entre tous les acteurs concernés et surtout, évolutive (en phase permanente avec le moyens les plus actuels de communication).

La « communication », même dans un domaine aussi sérieux, n’a-t-elle pas droit également à la créativité et à l’innovation ?

Joseph Triquell – AroundRisk.fr – 27 mai 2010

ADEN

LES FORUMS DE LA CROISSANCE

SALON UNIVERSITES-ENTREPRISE

OSEO

UBIFRANCE

Etude Ifop

Pacte pme

Guide pratique du crédit d’impôt recherche

Une réflexion au sujet de « Aides publiques aux PME et intelligence économique : trop de communication tue la communication ? »

  1. Un premier regard peut être porté sur les pôles de compétitivité et les niveaux de concentration des aides publiques (cf étude SocGen – Guillaume GUIDONI – mars 2007) :
    – en 2003, 6 régions concentrent 74% des dépenses nationales en R&D
    – en 2006, 6 régions ont reçues entre 65 et 76% des fonds FCE et ANR et 15 pôles sur 61 cumulent entre 35 et 38% des fonds FCE et aides régionales, et 74% des fonds ANR

    Un second regard peut être porté sur les réticences des petites PME (parfois, surprenant, les plus petites d’entre elles), avec leurs réticences à vouloir bénéficier du CIR par exemple, pour des raisons vraies ou fausses de craintes liées aux procédures comptables à mettre en place par exemple, ou même à leur tendance ancrée dans une certaine pratique du « compagnonnage » …, et à leurs « indiscrétions » qui s’en suivent …

    Pour ces dernières, la communication ne porte pas, seule l’action de terrain de certaines structures de proximité semble prometteuse (les pôles d’innovation des chambres de métiers et d’artisanat par exemple (il y en a heureusement bien d’autres).

    Frédéric Marin – alfeo.org

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